Quand on apprend qu'on doit se faire opérer, même si ça faisait longtemps qu'on s'y attendait, on a cette boule dans le ventre qui apparaît. Vous savez, celle qui vous rappelle quand vous faites le fier devant vos potes qu'au fond vous avez les pétoches. Et quand, le jour même, on vous annonce que c'est votre tour de passer sur le billard, vous prenez conscience que c'est trop tard pour reculer et que dans moins de trois heures vous allez vous réveiller dans votre chambre, complètement chouté avec une attelle énorme et une douleur (à peu près 9/10 sur leur échelle) qui vont vous empêcher de dormir pendant la semaine que vous avez à tirer avant de sortir de cet hôpital où vous mourrez déjà d'ennui parce que vous pouvez pas bouger un orteil sans que votre genou vous le fasse comprendre. J'exagère un peu, on ne souffre pas autant (mais presque). Et là, vous comprenez que ce que vous pensiez être le plus dur à passer ne l'était pas du tout et que ce qui vous attend va être pire... « Bon courage ». Merci bien il m'en faudra. Mais plus tard, après mûre réflexion, j'ai compris que ces quelques jours à l'hôpital étaient réellement l'épreuve la plus dure à passer.
J'ai été transférée en ambulance avec une autre charcutée du genou avec qui j'espérais m'entendre pour que le temps soit moins long. Elle est devenue ma partenaire de galère, mon inséparable coéquipière, mon amie. C'est vrai que c'est moins dur quand on a quelqu'un sur qui compter. Et à partir du moment où on est rentré, ensemble, aux Peupliers, on a tracé notre route. On a connu la galère des premiers jours, les peurs et les joies aussi.
La rééducation du genou impose qu'on puisse le replier alors on travaille la flexion. Au début on est à 60° et puis on stagne à 90° et un jour c'est le déclic et à 130° même pas mal (et le déclic peut être plus ou moins long je sais de quoi je parle je l'ai eu au bout de 6 semaines). Alors là on hurle de joie et on commence à entrevoir le jour où, enfin, flexion/extension passera du rêve à la réalité. Mon autre calvaire ça a été le verrouillage : bloquer le genou en contractant le quadriceps. Mon quadriceps était mort après des semaines en attelle et avait décidé de plus répondre aux appels désespérés lancés par mon cerveau. Alors quand, oh miracle, ma jambe s'est levée, vous ne pouvez pas imaginer à quel point j'étais soulagée ni à quel point ma kiné à crié (hurlé plutôt) qu'enfin j'avais réussi et que mon cas n'était pas tant désespéré que ça. Nos plus grandes joies, nos plus beaux sourires, c'étaient ceux qu'on affichait quand on sortait de notre consultation chez le médecin avec l'attelle en moins, puis une béquille. Sans oublier la plus stressante, celle où Doc vous annonce si oui ou non votre radio est positive et si vous pouvez enlever votre deuxième béquille d'ici quelques jours. Je me rappelle aussi de notre plus grande fierté, quand notre rêve s'est enfin réalisé, celui de pouvoir monter sur le tapis de marche. Là on aurait pu faire le tour du monde. Quoique... au bout de 10 minutes on était exténué d'avoir fait 600 mètres ! Enfin... C'est vrai qu'on s'en souviendra de toutes ces victoires parce qu'on les a mérité et payé en litres de larmes. Parce que autant vous prévenir que vous avez beau être préparé à l'épreuve, blindé et tout ce que vous voulez, je pense que personne ne traverse ce genre d'épreuve sans craquer au moins une fois. Mais on est tous dans la même galère alors le soutien est général. Chacun raconte son aventure, ses misères, partage son expérience. On rencontre des gens qui ne vous jugent pas parce qu'ils vivent la même chose, parfois pire et qui jamais ne porte sur vous un regard dérangeant de curiosité ou de pitié. Alors finalement vous vous sentez en sécurité dans cette bulle d'humanité et vous en faites le plein parce que les gens qui vous regardent comme si vous étiez différente voire bizarre quand vous sortez vous rappellent méchamment que ce n'est pas si beau là dehors. Dommage...!
Mais mais ! Qu'auraient été mes vacances sans eux et nos délires ? (là désolée je me remémore quelques bons souvenirs que vous ne pourrez pas tous comprendre). Si je devais faire une liste des moments inoubliables passés avec eux, cela donnerait à peu près ça (pas tout à fait exhaustive) :
- Donner des concerts endiablés à la poulie à l'heure de la sieste avec Emi.
- Faire des paris débiles à midi avec les Check Bonval. [Cap ou pas cap de « boire » la moutarde à la bouteille. Kévin est cap. Cap ou pas cap de gober ce flambi. Je suis cap. Cap ou pas cap de sniffer ce rail de poivre. Je suis cap et mon nez m'en a voulu. Cap ou pas cap de manger ce mélange infecte moutarde-mayo-ketchup-sauce salade-poivre-sel. Kévin et Thibault sont cap.]
- Et des concours de gamin [Genre celui qui modèle le plus beau bateau avec la peau des babibels. Bravo mon Kev ton catamaran avait bien plus fière allure que mon pseudo-voilier, les photos le prouveront.]
- Chanter à tue tête dans les vestiaires de la balnéo.
- Faire des conneries en balnéo. [Concours d'apné (1mn10 à battre), de basket (j'ai battu Mister Chang, recordman de 1926), de volley (maximum de 76 passes, à battre), les « tu me coules je te coule », les courses à dos de garçon, les Pyramides (le jeu sur France 2), les concours chants, les imitations de phoques, « je ne suis pas un héros » par Thomas, les parties d'épervier...]
- Les concepts nouveaux (compex-cappuccino-m&ms) qui mettent de bonne humeur et nous permette de supporter le reste de la journée.
- Les batailles d'eau en salle de repos et les siestes méritées mais de courte durée.
- Les trafiques de musiques.
- Les slams à la Grand Corps Malade avec pour thème « Les Peupliers » plutôt folklo et pas du tout poétiques (le compex c'est complexe, la balnéo c'est dans l'eau et à la poulie on s'ennuie) ^^
- Les cours de soutien en français pour Marine.
- La proprio de 10h30 à 11h. « Balloooons ! »
- L'éternelle question « vous avez été à la scelle ? » (oui et vous...?!)
- Les siestes avec Emi sur la petite colline du parc à regarder le ciel en parlant de tout et de rien.
- Les courses d'handicapés avec Marine dans le couloir du 2ème.
- Les soirées Wipeout avec Kévin à faire les commentaires nous-mêmes.
- Les batailles de gel antiseptique qui sent la vodka.
- L'invention de nouvelles épreuves olympiques comme le lancé de plateaux ou le lancé de glaçons.
- Les séances tatouages en kiné et manucure après 16h.
- Le ¼ d'heure de la Liste Gagnante entre 13h et 13h15.
- Les tournois de baby-foot le midi avec les étudiants kiné et nos ré-adaptateurs physique préférés ou entre 23h et minuit entre Rémi et moi. (5 victoires de suite pour moi dur dur...)
- Les pots de départs un peu trop consistants.
- La relaxation avec Marie.
Pour résumer mon séjour aux Peupliers, je dirais que, malgré les moments difficiles et grâce à l'application de la PPP (pensée positive permanente merci Béran!) j'ai passé des « vacances » inoubliables. C'est vraiment le genre d'expérience, d'aventure de laquelle on ressort changé, grandi et malgré ce que les gens pourront penser et malgré la pitié que je pourrais lire dans leurs yeux, je sais que ces deux mois m'ont apporté la dose d'humanité dont j'avais réellement besoin pour prendre confiance en moi et porter sur les gens un regard différent.
Pour tous ceux qui ont été là pour moi, pour m'entourer, me soutenir, m'encourager... M E R C I !
Phrases cultes du séjour :
« Si tu mets le panier je t'embrasse sur l'omoplate gauche. »
« Phoque »
« Allez les poussins on y va. »
« C'est vraiment dégueu ce qu'on mange. »
« Aaah une guêpe »
« Vous avez été à la scelle ? »
« Aie j'ai mal »
...
Chansons cultes du séjour :
42 (Coldplay)
Gotta Feeling (Black Eye Peas)
Je ne suis pas un Héros (Balavoine)
I Know You Want Me (Pitbull)
Broken Strings (James Morrison) [Spéciale dédicace à Thomas qui nous l'a mise en boucle pendant les ¾ d'heure de balnéo durant 3 jours.]
Ding Dang Ding (Les Rita Mitsouko)
Au bord de l'eau (De Palmas)